Centre d'opinions

La dignité ne s’arrête pas au drapeau

· Par Éditorial de FedAfrica · N° FA-0026

La souveraineté devrait permettre aux peuples de choisir leur avenir, pas seulement à leurs gouvernements de défendre leurs prérogatives. Pour FedAfrica, l’unité africaine doit répondre à cette même exigence : rendre la liberté plus réelle, sans déplacer la domination.

À Conakry, le 25 août 1958, Ahmed Sékou Touré lançait devant Charles de Gaulle cette phrase : « Il n’y a pas de dignité sans liberté » (transcription du discours). Son argument associait le refus de la subordination coloniale à la reconnaissance de la dignité et du droit à l’indépendance des peuples africains (texte du discours).

Cette exigence mérite mieux qu’une commémoration. Nous proposons d’en faire un critère pour juger nos institutions : donnent-elles réellement aux citoyens le pouvoir de décider, de contester et de construire leur avenir ?

Une souveraineté qui se mesure à la liberté

Posséder un drapeau ne devrait jamais dispenser de poser la question du pouvoir réel. Qui définit les priorités collectives ? Qui négocie les engagements pris au nom du pays ? Qui peut les examiner, les discuter et demander des comptes ?

Dans notre conception, être souverain ne signifie pas pouvoir vivre sans les autres. Cela signifie pouvoir choisir ses relations avec eux, en connaître les obligations et disposer des moyens de défendre ses intérêts. Une coopération librement négociée n’est pas une humiliation ; une dépendance imposée ne devient pas acceptable parce qu’on lui donne le nom de partenariat.

Il faut cependant éviter un contresens : la dignité humaine n’est pas une récompense accordée aux seuls peuples indépendants. La Déclaration universelle des droits de l’homme la reconnaît à toute personne et affirme que les droits ne dépendent pas du statut politique de son territoire (préambule et articles premier et 2, texte de la Déclaration). La domination ne supprime donc pas la dignité de ceux qui la subissent ; elle viole le respect qui leur est dû.

Le peuple ne doit pas disparaître derrière l’État

Défendre la souveraineté extérieure tout en refusant la liberté intérieure serait une contradiction. Un pouvoir qui réclamerait le respect à l’étranger, mais traiterait la critique de ses citoyens comme une trahison, manquerait à l’exigence qu’il invoque.

La souveraineté que nous défendons doit appartenir au peuple, pas devenir la propriété d’un président, d’un parti ou d’une administration. Elle devrait se traduire par des institutions contrôlables, une justice indépendante et la possibilité de remplacer pacifiquement les dirigeants. L’intérêt national ne saurait servir de prétexte pour soustraire les décisions publiques au débat.

Lire Sékou Touré ne nous oblige pas à transformer sa personne en modèle incontestable. Cela nous oblige plutôt à appliquer à tout pouvoir, y compris à celui qui parle au nom de la libération, l’exigence de liberté que nous retenons de cette phrase. Il faut le dire : le gouvernement que Touré a dirigé a lui-même emprisonné et fait périr des opposants (sur le camp Boiro).

S’unir sans se soumettre

L’unité africaine doit être examinée avec la même rigueur. Une fédération ne deviendrait pas légitime par sa seule dimension continentale : elle devrait démontrer ce qu’elle permet de mieux décider et de mieux garantir.

Le discours de 1958 envisageait lui-même des transferts volontaires de certaines compétences au sein d’une association franco-africaine, tout en affirmant le droit à l’indépendance (transcription du discours). Ce projet ne doit pas être confondu avec celui que défend FedAfrica ; il invite néanmoins à distinguer le partage consenti du pouvoir de la soumission imposée.

Notre conviction est qu’une fédération africaine pourrait accroître la capacité d’action de ses membres en leur permettant d’exercer ensemble certaines responsabilités. Mais cette possibilité ne vaut pas garantie. Les compétences communes devraient être clairement délimitées, les représentants démocratiquement choisis et les droits des citoyens protégés contre les abus du centre comme contre ceux des pouvoirs locaux.

Nous ne défendons pas une union dans laquelle les plus petits seraient réduits au silence. Nous défendons une union dont les règles permettraient à chacun de participer, et dont les institutions auraient à répondre de leurs actes.

La liberté comme mesure de l’unité

La question décisive n’est donc pas seulement de savoir si les États accepteraient de partager une part de leur souveraineté. Elle est de savoir si ce partage donnerait aux peuples davantage de prise sur leur destin.

Voilà le débat que FedAfrica veut ouvrir : non pas choisir entre la dignité et l’unité, mais construire une unité digne de ses citoyens. Une unité qui protège les différences, rende le pouvoir responsable et ne demande jamais le silence en échange de l’appartenance.

Ne demandons pas seulement qui porte le drapeau. Demandons qui peut décider sous ce drapeau, qui peut s’y exprimer librement et qui peut y faire respecter ses droits. C’est à cette condition que la souveraineté devient une liberté vécue, et que l’unité mérite d’être choisie.

Réponses des lecteurs

Aucune réponse pour l'instant. Soyez le premier à répondre.

Ajoutez votre réponse

Argumentez de bonne foi et respectez ceux qui ne pensent pas comme vous. Chaque réponse est lue par notre rédaction avant publication, et nous pouvons refuser celles qui insultent, menacent ou visent des personnes, ou qui avancent des affirmations non vérifiées sur des personnes nommées.